De Moscou à Oulan-Bator en train

26 septembre 2012

Introduction

Des années à rêver de ce voyage, des mois à l’envisager plus sérieusement et des semaines à le préparer, pour ce qui restera une expérience inoubliable et que je vais essayer de raconter le mieux possible ici.

Le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé, et j’ai eu la chance de trouver en Maxime le compagnon de voyage idéal, sans qui ce mois d’aventures n’aurait pas été si fantastique. Le récit est celui de notre périple, un mois à travers la Russie et la Mongolie, un condensé de moments exceptionnels, de gens formidables, de lieux insolites et de paysages magnifiques.

Ami, connaissance ou inconnu, ma plume est loin d’être aussi habile que je le voudrais, mais j’espère que ces pages seront agréables à lire, et peut-être même utiles à ceux qui envisagent d’y aller un jour !

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Itinéraire et formalités

Voici le résumé des étapes :

Moscou (3 jours),  vol depuis Paris

Train de Moscou à Irkoutsk (3 jours et demi)

Lac Baïkal : Ile d’Olkhone et Listviantka (8 jours)

Train d’Irkoutsk à Oulan-Bator (2 jours)

Mongolie (10 jours) Oulan-Bator et une semaine en Mongolie Centrale

Retour à Zurich depuis Oulan-Bator, transit par Moscou.

 

Beaucoup m’ont demandé : pourquoi choisir le train comme moyen de transport ?

Au-delà de l’aspect « mythique » du Transsibérien (en fait un train comme un autre pour les Russes qui le prennent pour rendre visite à la famille parfois éloignée), il y a tout ce que ne permettent pas forcément la voiture et l’avion : rencontrer des gens de milieux hétéroclites, se déplacer librement  au lieu de rester attaché à un siège, s’allonger sur sa couchette ou manger quand on en a envie, regarder le paysage et profiter des arrêts pour se ravitailler auprès de petits vendeurs locaux, un vrai bonheur !

Entrent en jeu aussi les aspects écologiques et économiques, mais de manière secondaire.

 

Pour ceux qui seraient intéressés par un voyage similaire :

En Russie et Mongolie, il faut avoir un visa pour entrer dans le pays, obtenu auprès des ambassades respectives en envoyant son passeport et de l’argent (eh oui !) en à peu près un mois.

Dans notre cas avec moins d’un mois de délai, le temps était compté et nous sommes passés par une agence pour l’obtention des visas et des billets de train. Il est possible de réduire les frais en achetant les billets directement à Moscou, mais le risque est grand pour que les trains soient complets, nous ne parlions pas Russe, et comme nous l’aurons constaté plusieurs fois, les employés de guichet parlant anglais sont rarissimes.

La plupart des gens qui prennent le train pour visiter la Russie et la Mongolie terminent leur périple à Pékin : pour cause de temps et de budget manquant, la Chine fera l’objet d’un voyage à part entière un jour !

Je ne m’étendrai pas plus sur le sujet paperasse, mais si vous avez des questions, j’y répondrai avec plaisir ! 

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Lundi 20 août

Nous avons passé la nuit chez un couple d’amis de Maxime à Paris, fenêtre grande ouverte, douche froide, grand verre d’eau, tous les moyens sont bons pour se rafraîchir avec la chaleur qu’il fait… Le lever est à 5h, nous prenons le premier métro pour rejoindre l’aéroport de Roissy. Fébriles, tendus à l’idée d’arriver en retard, on trouve même le moyen de rater une station où changer pour prendre le RER ! Finalement, nous arrivons assez en avance pour prendre un petit déjeuner tranquillement avant de se séparer pour quelques heures. (Pour une sombre histoire de paperasse et de malchance, nous n’avons pas pu être dans le même avion à l’aller)

Le voyage se passe bien, même si j’enrage un peu en montant dans l’avion, qui est loin d’être complet, contrairement à ce qui était indiqué…

Arrivée seule à l’aéroport Domodedovo de Moscou, la pluie me fait presque regretter la chaleur étouffante de Paris. Au contrôle des passeports, la douanière donne tout son sens à l’expression « sympa comme une porte de prison », je récupère mon sac, passe entre les chauffeurs de taxis harcelant les voyageurs et repère les bornes pour acheter un billet de train pour le centre de Moscou.

Aucun membre du personnel ne parle anglais, c’est un avant-goût de la Russie profonde alors qu’il s’agit de l’aéroport de la capitale ! Finalement, je réussis  à trouver un billet, un plan du métro et m’installe dans un train confortable et désespérément lent en compagnie d’un Grec venu pour donner une conférence sur la géologie.

Débarquant dans l’agitation d’une gare moscovite, je me débrouille tant bien que mal pour acheter un carnet de tickets de métro et m’engouffre dans un souterrain. Rien n’est écrit en alphabet latin, on se sent ici comme un analphabète, il faut s’arrêter à chaque panneau pour déchiffrer lettre après lettre, créant un îlot dans le flot des gens qui sortent du travail.

Quelques centaines de mètres devant de jolies façades et la pluie a raison de mon enthousiasme : direction un petit snack où, toujours à force de gestes et de sourires, je me retrouve avec la crêpe la plus grasse de ma vie dans l’assiette. Une vieille dame à la table d’à côté commence à me parler, mais je dois lui faire comprendre que « ia nié gavariou parouski ». Nous essayons de communiquer un moment, puis en restons à un sourire mutuel.

De retour à la gare pour rejoindre Maxime, nous allons au point de rendez-vous fixé par notre hôte (trouvé via le site CouchSurfing) à la sortie d’une station de métro. C’est ainsi que nous faisons la connaissance d’Alexey, 29 ans, qui nous emmène dans un bar tout proche où quelques uns de ses amis se produisent en live. L’ambiance et la musique sont géniales, trouver cet endroit sans connaître quelqu’un du coin aurait été impossible… En rentrant chez lui, quelque part dans la banlieue nord, nous discutons encore un bon moment avant de se coucher.

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Mardi 21 Août

La deuxième journée a été consacrée à la découverte de Moscou : après une petite surprise au petit déj (quand on ne sait pas parler russe, il arrive qu'on se retrouve avec des chaussons à la viande à la place de ce qui semblait être d'appétissants petits pains au chocolat), nous arrivons aux abords du Kremlin. Entre les touristes et les vendeurs de souvenirs, il y a quelques femmes qui font des annonces en russe à l’aide de mégaphones et des gens déguisés en Spiderman, Chat Potté et autres personnages. Comme quoi, la suprématie américaine a définitivement eu raison du bloc soviétique.

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La salubrité de l’état d’esprit d’une personne à l’intérieur d’une peluche géante pouvant être assez inquiétante, nous préférons rejoindre un parc à l’écart pour prendre quelques photos. En faisant le tour de l’édifice, nous sommes interrompus par un Jack Sparrow peu convaincant (oui, Jack Sparrow en Black, ce n'est pas très convaincant) en photographiant les chevaux d’une fontaine. 

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Plus loin se dressent les bulbes colorés de la cathédrale Saint Basile le Bienheureux, entourée de tentes militaires, je me sens comme une japonaise qui se trouverait pour la première fois devant la tour Eiffel.

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A côté se trouve un grand centre commercial façon galeries Lafayette : à l’intérieur des arbres artificiels aux couleurs automnales et de jolies montgolfières colorées surplombant une fontaine.Nous prenons le déjeuner dans un self avec plats typiques à la clé puis enchaînons sur une balade dans un petit quartier regorgeant d’églises orthodoxes pour la plupart très anciennes.

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Vers la fin de l’après-midi, petit goûter (qui aurait tué sur le coup une personne diabétique) dans une sorte de Starbucks local, dont la spécialité est de grand roulés à la cannelle… nappé de crème et de chocolat (!!). Le froid à l’extérieur et des conversations captivantes nous y retiennent un bon moment avant de continuer notre exploration de la ville. 

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Une exposition de photos de paysages dont certaines sont tout simplement renversantes a lieu dans un petit parc, c’est l’occasion d’exercer notre connaissance du cyrillique en déchiffrant les noms des pays où les clichés ont été pris. Il fait très froid depuis notre sortie du café, au point que nous nous réfugions dans une station de métro (et Dieu sait à quel point nous aimons les stations de métro…) pour attendre Alexey, en rêvant d’un bar chaleureux…

 

Il nous emmène dans le quartier de l'Octobre Rouge, une ancienne chocolaterie, réinvestis en galeries d’art, discothèques et bars, ambiance street art. Ne pas croiser nos regards a été difficile lorsqu’Alexey s’est installé dans une cour aux murs taggés à l’air libre, avec tables et chaises en cageots, nous qui rêvions d’enlever nos vestes ! Mais au final, il n’y a pas de vent ici et le froid est très supportable.

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L’estomac rempli d’un hamburger maison et de délicieuses frites, nous prenons un chocolat, cette fois dans un vraicafé avant de rentrer chez Alexey. Nous resterons à discuter et à voir certaines de ses réalisations vidéo jusque tard dans la nuit.

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Mercredi 22 Août

C’est aujourd’hui que l’aventure commence vraiment. Le manque de sommeil se fait cruellement ressentir au réveil, nous rangeons nos sacs, laissons un mot de remerciement à Alexey et rejoignons la gare Kazansky. Il faut convertir le billet électronique imprimé en billet papier pour pouvoir monter dans le train. Renvoyés de guichet en guichet, la démarche a ressemblé à peu de choses près (dans notre cas, les indications des guichetiers étaient tout simplement incompréhensible) à ceci : http://www.youtube.com/watch?v=c45FtDhdDoY et encore, nous avions acheté les billets via une agence française!

Provisions faites, argent retiré, nous voici au quai où le train est arrêté : la provodnitsa (à la fois hôtesse de train, contrôleur et agent d'entretien) contrôle nos billets et nous entrons dans le compartiment. Nous voyageons en plaskartny, la troisième classe : il y a une cinquantaine de couchettes par wagon, et ce n’est pas compartimenté. Je ris intérieurement en pensant à tous ceux que je connais qui se seraient sentis mal à l’idée de passer près de 4 jours ici : l’espace est très réduit et le confort assez sommaire. Les toilettes, nous le découvrirons en temps voulu, nécéssitent aussi beaucoup de courage, surtout après le passage de 50 personnes dans un espace d'un mètre carré qui sent déjà à la base. 

Nous nous asseyons à nos places en regardant les familles russes défaire leurs bagages, préparer les lits (des draps propres sont fournis pour chaque passager) et s’installer. Apparemment, nous sommes les seuls français à bord, et même les seuls à parler anglais couramment. Les gens ont l’air curieux en nous écoutant parler, en particulier une grand-mère (babouchka) assise sur la couchette d’en face.

Le train se met en marche au bout d’une trentaine de minutes, nous regardons les immeubles de la banlieue de Moscou défiler un moment. Autour de nous, tout le monde s’est mis en tenue décontractée : jogging, voire pyjama pour certains ; une petite jeune femme assez ronde a même osé un short ultra court en soie rose avec motifs de nounours, très agréable à l'oeil. Les gens déballent leurs provisions (purée en pot, nouilles instantanées et thé pour la plupart) et vont se servir au samovar. Aucune envie de manger, Maxime somnole avec de la musique sur les oreilles (chose qui se reproduira régulièrement durant le voyage), je m’endors un moment, puis risque un « daliko sabira i tiés ? » (Où allez vous ?) à la vieille dame qui me jette des coups d’œil depuis le départ. Elle me répond un nom de ville qui ne me dit rien, je lui montre une carte de l’itinéraire et elle pointe du doigt un endroit assez proche de Moscou où elle descendra le soir-même. Je lui dit « Irkoutsk », elle et la passagère d’en face lèvent les yeux au ciel en s’exclamant « oï ! » Effectivement, nous en avons encore pour un bout de temps.

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Vers 17h, le train marque son premier long arrêt, de vingt minutes. Sur le quai, des vendeurs ambulants proposent toutes sortes de choses : pommes, myrtilles, barquettes-repas, babioles en faux cristal, jouets, peluches géantes, verres à pied kitchissimes, lustres ( !). Lorsque Maxime, un gobelet de myrtilles à la main me dit « tu veux une hermine empaillée ? » je m’aperçois que le voyage nous réserve des scènes assez inoubliables. Nous achetons encore un sachet de petites pommes à une vieille femme avec pour les comptes, l’aide de la passagère rencontrée tout à l’heure et une barquette repas contenant du poisson pané, un bout de pain, des pommes de terre, une tomate et un petit concombre. Je me fais un paquet de yum-yum et une pomme, assez étonnée de ne pas vraiment ressentir de faim à cette heure-ci.

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Plus tard, je tente un brin de conversation avec un jeune Russe qui a reconnu notre langue, explique notre itinéraire, il fait de même. Vers 20h, alors que nous parlons avec Maxime, on me tapote l’épaule : c’est mon camarade russe de tout à l’heure qui me tend un petit chocolat ! Je le remercie et lorsque nous entamons un paquet de chips au concombre (une des grandes découvertes du voyage), je me lève pour lui en proposer, il est déjà descendu. Au dîner, un petit gâteau et une pomme, l’inactivité dans le train a l’air d’avoir eu raison de notre appétit. Déjà, le ciel se fait sombre, les lumières s’allument dans le compartiment, et après de longues lectures et discussions, nous installons les couchettes pour la nuit.

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Jeudi 23 Août

J’ai mis un peu de temps à m’endormir, mais cette première nuit dans le train, bien qu’entrecoupée par les départs et arrivées de plusieurs passagers a été plutôt agréable. Je découvre au réveil de nouveaux voisins de couchette : une femme et un homme, la quarantaine, aux traits plus asiatiques qu’occidentaux. Nous sommes toujours les seuls étrangers sur la cinquantaine de personnes que compte le wagon.

Nos voisins font d’une bol de nouilles et d’une purée de patates leur petit déjeuner, nous préférons en rester au thé noir et à de petits croissants fourrés à la crème vanille achetés en gare. Le paysage de forêts de pins d’hier a laissé plus de place aux marécages et à de grandes plaines d’herbe. Dans les villages, de petites maisons en bois aux volets peints et de grands jardins remplis de patates et de choux. Au bout de quelques heures, la faim qui est finalement apparue rend un peu plus pénible le prochain arrêt de 20mn, vers 14h.

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Sur le quai, c’est la déception : à la place des vendeurs d’hier, il n’y a que des kiosques qui proposent des repas instantanés, des boissons et des paquets de biscuits. Des policiers interpellent un vendeur à la sauvette de fruits frais, nous en voyons d’autres courir à travers les rails pour leur échapper. Certains passagers ont eu le temps de leur acheter quelques provisions, mais pour nous au déjeuner ce sera nouilles, chips au concombre et pommes de la veille. Au deuxième long arrêt à 16h, il y a toujours les mêmes kiosques, mais nous réussissons à faire le plein de raisins auprès d’un vendeur avant que les policiers n’arrivent. Le dîner nous donne l’occasion de goûter à la purée de patate des kiosques de gare russes, finalement pas mauvaise… Mais nos airs étonnés et curieux à la découverte de nos plats font pouffer de rire une dame russe à côté de nous.

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La nuit commence à tomber très tôt, ce qui est assez perturbant (nous traverserons 5 fuseaux horaires !)

En allant aux toilettes, une vieille femme m’interpelle et me fait signe de m’asseoir sur sa couchette. Autour, deux autres femmes assez âgées, et deux enfants déjà assoupis sur les couchettes du haut. Très enthousiaste, elle se présente, s’appelle Nina, vient d’Arménie, est institutrice et –ouf- parle quelques mots d’allemand !. Elle se rend à Krasnoïarsk. La dame en face d’elle s’appelle Rosa et vient d’Ouzbékistan. Elle voyage avec sa petite fille pour passer les vacances chez son fils qui vit en Russie. Je leur présente à mon tour notre itinéraire, d’où l’on vient et reçoit un sachet de dragées sucrées ressemblant aux petits jésus que l’on met sur la table pour les baptêmes. En échange, je leur donne à chacune une carte postale de l’Alsace achetées avant le départ, elles semblent ravies. Nina me prend dans ses bras et me donne un baiser sur la joue, je suis heureuse de recevoir tant de chaleur spontanément.

Plus tard, la fatigue se fait ressentir et je leur fait signe que je vais me coucher. Tous les gens autour nous observent en souriant depuis le début. Maxime s’était endormi, nous installons les couchettes pour la deuxième nuit dans le train.

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Vendredi 24 Août

La troisième journée dans le train commence vers 9h, le soleil est déjà haut dans le ciel et pour cause : il est midi en heure locale! En effet, bien que nous traversons plusieurs fuseaux horaires, l'heure affichée dans les gares et le train est celle de Moscou pour éviter toute confusion. Ce qui implique qu'une fois que l'on quitte une gare, il faut adapter sa montre à l'heure locale, qui est, du coup, nettement plus avancée.

Nous avons eu plus de chance cette fois à l’heure du déjeuner : pleins de vendeurs ambulants sur le quai ! Nous faisons provisions de patates bouillies à l’aneth, tomates, petits concombres et pirochkis (gros beignets fourrés à la purée de patates). L’arrêt suivant en gare de Novossibirsk dure près d’une heure, nous profitons de toilettes à peu près propres et achetons des gâteaux et du chocolat pour la suite du voyage. Il est à noter que les toilettes du train sont fermées 30 minutes avant l'arrêt en gare, et ne sont réouvertes que 30 minutes après le départ, ce qui peut parfois causer quelques problèmes, surtout lorsque les arrêts durent plus de 30 minutes…

Après un bon goûter, Maxime décide de faire une sieste en me demandant de le réveiller avant que la nuit tombe, les journées raccourcissent si vite ! J’écris quelques lignes et remarque une fillette derrière moi qui m’observe avec curiosité. Je lui propose quelques dragées ouzbèkes, elle me répond « niet spassiba » (non merci) et autre chose qui me fait deviner que sa babouchka est Rosa, rencontrée hier soir. J’écris mon prénom en latin et en cyrillique, elle m’imite. Elle s’appelle Darina et a 9ans. Un petit garçon d’environ 2 ans à qui j’avais offert des dragées la veille s’approche timidement, un doigt dans la bouche, je lui en offre à nouveau et tout comme la veille, il s’en saisit, puis court dans les jambes de sa mère un peu plus loin. Elle lui ordonne de revenir dire merci, sans succès. Je lui offre encore une petite grappe de raisins et cette fois il revient avec un paquet de friandises non identifiables (plus tard, nous saurons que nous aurons eu affaire à des curlys sucrés) de la part de sa mère qui me lance un sourire depuis sa couchette. Entretemps, deux jumeaux de 13 ans, Deniz et Ilya se sont joints à la petite tablée. Je réveille Maxime, amusé de me voir entouré de gamins et tous ensemble nous parlons du mieux que le permet notre non-connaissance du Russe, de ce que nous faisons, ce qu’ils veulent faire plus tard, les hobbies, les trajets…  Nous prenons des photos tous ensembles, échangeons les adresses mail pour les leur envoyer.

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Darina revient avec l’appareil photo de sa grand-mère pour un dernier cliché, et cette dernière nous offre encore de gros cristaux jaunâtres : il s’agit de sucre dont il faut détacher de petits morceaux avec les dents pour les mettre dans le thé.Il nous reste deux petits pots de confiture d’Alsace pour la remercier et Nina, toujours le sourire aux lèvres, nous fait signe de nous asseoir.

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Je leur présente Maxime, qu’elles n’ont pas vu la veille, il y a aussi un vieil homme, Sergio, qui descend comme nous à Irkoutsk. Nos échanges laborieux sont aidés par Tania, 22 ans, polonaise parlant couramment anglais et qui revient de quelques jours d’escalade au Kirghizistan. Au moment où Nina nous souhaite bonne chance pour la suite, nous décidons de prendre congé. Elle tape sur l’épaule de Maxime et dit quelque chose en russe que Tania nous traduit en riant : « you’re a very attractive man, I wish I were younger ». On se souviendra d'elle longtemps!

Nos discussions après le dîner sont interrompues par une nouvelle voisine de couchette qui nous fait signe qu’elle aimerait dormir…Il est 20h et fait déjà nuit depuis 2h, la descente à Irkoutsk la nuit suivante risque d’être dure.

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Samedi 25 Août

Dans mon rêve, il y a un fond de musique traditionnelle russe, c’est très beau. Je me réveille petit à petit (6h  du matin, 10h en heure locale) et réalise que la musique vient d’un portable sur une couchette un peu plus loin.

Les paysages ont changé, c’est plus vallonné, il y a de grandes prairies parsemées de bouleaux : c’est ce qu’on appelle la Taïga. Le temps est gris, c’est notre dernier jour dans le Transsibérien et j’attends le réveil de Maxime pour manger. Le train s’est vidé durant la nuit, presque tous ceux avec qui nous avons fait connaissance sont descendus, il y a beaucoup plus de personnes au teint mat et aux yeux bridés.

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Le train s’arrête 20mn dans une gare où se trouve le petit marché de quai le plus intéressant depuis le début du voyage : beignets, galettes, crêpes, chaussons fourrés, tomates, patates, carottes, pignons de pins et fruits rouges en barquette ainsi que des repas instantanés, chips, cigarettes et boissons. J’ai une petite surprise en mordant dans ce que je croyais être une galette de pommes de terre : l’objet  a un goût mi-sucré mi-aigre avec de petits morceaux blancs à l’intérieur. Je dois être assez expressive puisque nos voisins rient et m’expliquent qu’il s’agit d’un beignet à la faisselle. Pas fameux.

Quelques couchettes plus loin, un vieil homme parle sans arrêt depuis deux bonnes heures à la mère des jumeaux qui n’a pas l’air trop enjouée, et même plutôt blasée… pour une fois, on se rend compte qu’il y a des avantages à ne pas parler russe ici ! Un autre avantage non négligeable est de pouvoir aborder les pires sujets de conversation sans que personne autour ne comprenne un mot…  cette liberté nous donnera plusieurs fous rires tout le long du voyage.

Nous prenons un léger repas vers 15h (19h en heure locale) et décidons de dormir pour les quelques heures qui restent avant l’arrivée. Plus facile à dire qu’à faire, les gens autour n’ont pas l’air de vouloir se coucher, une famille aux traits asiatiques s’installe juste à côté, le type bizarre qui lisait des magazines érotiques et me fixait pendant une bonne partie du voyage a attendu que Maxime s’endorme pour me demander si nous étions mariés… et me donner son adresse e-mail.

Après quelques heures de somnolence, le provodnik nous réveille à 21h (3h du matin heure locale) et nous rangeons les sacs.

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Dimanche 26 Août

 Dans le hall d’attente de la gare d’Irkoutsk, il est 4h du matin, nous avons le cerveau brouillé par la fatigue, et achevé par la diffusion d’un navet américain des années 80 avec Chevy Chase, assorti d’un doublage russe des plus navrants.

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Nous restons un moment avec Goschya une jeune guide touristique polonaise, en vacances avec ses parents, qui nous indique comment se rendre à la gare routière où nous devons prendre un bus pour l’Ile d’Olkhone, à 300km de là.

Il est 6h, le temps est toujours moche, nous attendons le tramway pour le centre ville sur un banc, un jeune Russe s’assoit un moment pour discuter, un chauffeur de taxi insiste pour nous emmener au bord du lac « Baikal, Baikal ! », une femme vient lui mendier quelques roubles et Goschya nous traduit sa réponse :  « regardes donc, ils sont étrangers, pourquoi c’est à moi que tu demandes de l’argent ?! ».

Nous faisons un bout de chemin dans le tramway au lever du soleil, puis continuons à pied. Le dépaysement est au rendez-vous, les rues mêlent des trottoirs pavés en mauvais état à de vieilles maisons en bois sculptés aux volets peints et aux panneaux publicitaires colorés.

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Arrivés à la gare routière, nous achetons un billet pour Khoujir, la principale (presque la seule) localité de l’île où nous nous rendons et montons dans un car moderne et confortable. Il y a 6h de route, les forêts de pins s’effacent peu à peu devant des collines rocailleuses, dignes d’un paysage islandais.

On voit des aigles et des chevaux en liberté s’ébattre dans les prairies, la sensation d’immensité est grisante, et interrompue par un russe ivre que le chauffeur a laissé monté et qui, chantant, marmonnant puis ronflant a répandu le contenu de son mélange vodka-jus de fruits (ainsi qu'un peu du fond de son estomac) dans tout le bus.

Nous embarquons sur un ferry pour quelques minutes et arrivons une petite heure plus tard à Khoujir, étrange ville aux pistes sablonneuses, aux maisons en vieux bois sombre et vaches tapissant les rues de bouses.

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A la descente, deux vieilles femmes nous proposent une chambre, nous leur expliquons que nous allons chez Sergey, près de l’église.

Je crains d’être réductrice en expliquant qui est Sergey, voici donc un lien vers un article qui le fera bien mieux que moi :

http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/A-Irkoutsk-pres-du-lac-Baikal-le-retour-de-la-flamme-orthodoxe-_EP_-2012-07-04-827142

Arrivés à l'église à l'extrémité de la ville, Sergey nous souhaite la bienvenue et nous présente l’étage de la maison où sont accueillis les voyageurs, une grande pièce avec 6 ou 7 lits, une plaque chauffante, et un bac d’eau à remplir avec un bidon pour la toilette. Ce soir nous partagerons la chambre avec deux Russes et une Israélienne, pas encore rentrés.

Il est près de 15h et nous n’avons pas encore pris de vrai repas depuis la veille, direction donc le « centre » du village où nous repérons un petit restaurant qui sert quelques plats chauds, un peu trop légers pour notre appétit. Il pleut beaucoup, l’ambiance est morose et l’endroit en est déprimant, nous prions pour qu’il fasse beau le lendemain…

Quelques emplettes dans le principal "supermarché" (en fait une petite épicerie) et nous retournons à Philoxenia où les russes sont rentrés :  ce sont deux amis de Sergey, Ivan et Artem, venus sur l’île pour quelques jours depuis Moscou. Nous discutons un petit moment, goûtons à quelques une de leurs sucreries, puis direction un restaurant du village pour un vrai repas, qui se sera fait attendre près d’une heure, pendant laquelle nous avons assisté au festin d’une famille russe digne d’un banquet d’Astérix chez les Belges. Pendant que nous reprenons des forces via de bonnes pommes de terre grillées, une femme vient vers moi en souriant et me dépose son bébé sur les genoux avant d’aller commander son plat au bar. Un peu surprise de sa spontanéité, je suis vite attendrie à la vue du gamin qui me tend un bonbon. Nous échangerons un petit moment avec la famille, ils nous conseillent même un restaurant pas loin d’ici pour goûter à de bonnes spécialités.

Vers 22h, nous rentrons au gîte, et discutons encore un moment avec nos camarades russes, bientôt rejoints par Meschi, Israëlienne voyageant seule depuis la Mongolie. Elle est pleine de vie, souriante, a plein d’histoires à raconter, le genre de personne qu’on aime rencontrer en voyage ! Itinéraires, anecdotes, coutumes locales, nous parlerons encore longtemps avant d’aller au lit. 

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Lundi 27 Août

Au réveil c’est la joie : le temps est radieux ! Nous nous levons tranquillement vers 10h et faisons nos sacs pour une randonnée de deux jours le long de la côte. Meschi s’en va aujourd’hui, Ivan et Artem sont là encore pour deux jours, ils nous donnent des allumes-feu et une carte de l’île.

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Partant vers le nord, nous nous arrêtons un moment au niveau des rochers du Chamane, un des cinq pôles d’énergie mondiaux selon le peuple Bouriate. En fait d’énergie, nous ressentons surtout la trop forte concentration de touristes et décidons de continuer.

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Nous rencontrons un duo russo-ukrainien, Pavel et Viktor, le dernier étant artiste peintre. L’échange se fait en allemand, ils nous souhaitent bonne route avec beaucoup d’enthousiasme. A peine quelques mètres plus loin, nous tombons sur quatre jeunes russes qui proposent de nous prendre en photo. Un peu réticents à l’idée de confier l’appareil photo à des inconnus, nous optons pour un cliché avec eux à tour de rôle. Comme pas mal de fois précédentes, on nous demande si nous sommes mariés, et nous décidons de répondre à l’affirmative à l’avenir pour éviter un harcèlement gentil mais lassant.

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Le contraste entre les plages de sable et les vaches se désaltérant dans l’eau du lac est assez amusant, nous continuons dans une forêt de pins au sol sableux rappelant les paysages landais et débouchons sur de grandes steppes où le vert de l’herbe, ponctué de quelques rochers, se marie admirablement avec le bleu du Baïkal.

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De nombreuses pauses photos et encore quelques rencontres plus tard, le soleil commence à décliner et nous nous mettons en quête d’un endroit au bord de l’eau pour passer la nuit. Surprise, nous tombons nez à nez avec Pavel et Viktor ! Leur toile des rochers du Chamane terminée, ils se sont rendus jusqu’ici en jeep et affichent de grands sourires en nous voyant.  Viktor sort une caméra et filme en commentant en russe, je dis quelques mots en français à sa demande, nous prenons des photos ensemble et récupérons leur site internet pour voir les toiles à notre retour.

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Les adieux faits, nous descendons sur une petite plage repérée en contrebas et plantons la tente. Un trait de vodka me donne du courage pour prendre une douche dans l’eau glacée du lac –non sans quelques hurlements- pendant que Maxime prépare un feu avec des branches ramassées un peu plus loin. Nous échangeons les rôles après avoir à nouveau trinqué, et je prépare les premiers œufs brouillés au feu de bois de mon histoire culinaire, avec un peu de fromage.

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Ce que nous pensions être du jambon s’est révélé être une sorte de Kiri aromatisé au bacon, et le résultat fut donc une bouillie blanchâtre relevée d’une petite rasade de vodka, au goût étonnamment... honnête. Le soleil disparaissant derrière les montagnes de l’autre côté rend l’atmosphère très fraîche, le thé préparé avec l’eau du lac aura mis une bonne demi-heure à bouillir sur les braises et a un goût de fumée. Nous nous endormons en écoutant une très belle bande originale sous la tente.

Posté par CocoColine à 21:34 - Permalien [#]