C’est aujourd’hui que l’aventure commence vraiment. Le manque de sommeil se fait cruellement ressentir au réveil, nous rangeons nos sacs, laissons un mot de remerciement à Alexey et rejoignons la gare Kazansky. Il faut convertir le billet électronique imprimé en billet papier pour pouvoir monter dans le train. Renvoyés de guichet en guichet, la démarche a ressemblé à peu de choses près (dans notre cas, les indications des guichetiers étaient tout simplement incompréhensible) à ceci : http://www.youtube.com/watch?v=c45FtDhdDoY et encore, nous avions acheté les billets via une agence française!

Provisions faites, argent retiré, nous voici au quai où le train est arrêté : la provodnitsa (à la fois hôtesse de train, contrôleur et agent d'entretien) contrôle nos billets et nous entrons dans le compartiment. Nous voyageons en plaskartny, la troisième classe : il y a une cinquantaine de couchettes par wagon, et ce n’est pas compartimenté. Je ris intérieurement en pensant à tous ceux que je connais qui se seraient sentis mal à l’idée de passer près de 4 jours ici : l’espace est très réduit et le confort assez sommaire. Les toilettes, nous le découvrirons en temps voulu, nécéssitent aussi beaucoup de courage, surtout après le passage de 50 personnes dans un espace d'un mètre carré qui sent déjà à la base. 

Nous nous asseyons à nos places en regardant les familles russes défaire leurs bagages, préparer les lits (des draps propres sont fournis pour chaque passager) et s’installer. Apparemment, nous sommes les seuls français à bord, et même les seuls à parler anglais couramment. Les gens ont l’air curieux en nous écoutant parler, en particulier une grand-mère (babouchka) assise sur la couchette d’en face.

Le train se met en marche au bout d’une trentaine de minutes, nous regardons les immeubles de la banlieue de Moscou défiler un moment. Autour de nous, tout le monde s’est mis en tenue décontractée : jogging, voire pyjama pour certains ; une petite jeune femme assez ronde a même osé un short ultra court en soie rose avec motifs de nounours, très agréable à l'oeil. Les gens déballent leurs provisions (purée en pot, nouilles instantanées et thé pour la plupart) et vont se servir au samovar. Aucune envie de manger, Maxime somnole avec de la musique sur les oreilles (chose qui se reproduira régulièrement durant le voyage), je m’endors un moment, puis risque un « daliko sabira i tiés ? » (Où allez vous ?) à la vieille dame qui me jette des coups d’œil depuis le départ. Elle me répond un nom de ville qui ne me dit rien, je lui montre une carte de l’itinéraire et elle pointe du doigt un endroit assez proche de Moscou où elle descendra le soir-même. Je lui dit « Irkoutsk », elle et la passagère d’en face lèvent les yeux au ciel en s’exclamant « oï ! » Effectivement, nous en avons encore pour un bout de temps.

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Vers 17h, le train marque son premier long arrêt, de vingt minutes. Sur le quai, des vendeurs ambulants proposent toutes sortes de choses : pommes, myrtilles, barquettes-repas, babioles en faux cristal, jouets, peluches géantes, verres à pied kitchissimes, lustres ( !). Lorsque Maxime, un gobelet de myrtilles à la main me dit « tu veux une hermine empaillée ? » je m’aperçois que le voyage nous réserve des scènes assez inoubliables. Nous achetons encore un sachet de petites pommes à une vieille femme avec pour les comptes, l’aide de la passagère rencontrée tout à l’heure et une barquette repas contenant du poisson pané, un bout de pain, des pommes de terre, une tomate et un petit concombre. Je me fais un paquet de yum-yum et une pomme, assez étonnée de ne pas vraiment ressentir de faim à cette heure-ci.

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Plus tard, je tente un brin de conversation avec un jeune Russe qui a reconnu notre langue, explique notre itinéraire, il fait de même. Vers 20h, alors que nous parlons avec Maxime, on me tapote l’épaule : c’est mon camarade russe de tout à l’heure qui me tend un petit chocolat ! Je le remercie et lorsque nous entamons un paquet de chips au concombre (une des grandes découvertes du voyage), je me lève pour lui en proposer, il est déjà descendu. Au dîner, un petit gâteau et une pomme, l’inactivité dans le train a l’air d’avoir eu raison de notre appétit. Déjà, le ciel se fait sombre, les lumières s’allument dans le compartiment, et après de longues lectures et discussions, nous installons les couchettes pour la nuit.