J’ai mis un peu de temps à m’endormir, mais cette première nuit dans le train, bien qu’entrecoupée par les départs et arrivées de plusieurs passagers a été plutôt agréable. Je découvre au réveil de nouveaux voisins de couchette : une femme et un homme, la quarantaine, aux traits plus asiatiques qu’occidentaux. Nous sommes toujours les seuls étrangers sur la cinquantaine de personnes que compte le wagon.

Nos voisins font d’une bol de nouilles et d’une purée de patates leur petit déjeuner, nous préférons en rester au thé noir et à de petits croissants fourrés à la crème vanille achetés en gare. Le paysage de forêts de pins d’hier a laissé plus de place aux marécages et à de grandes plaines d’herbe. Dans les villages, de petites maisons en bois aux volets peints et de grands jardins remplis de patates et de choux. Au bout de quelques heures, la faim qui est finalement apparue rend un peu plus pénible le prochain arrêt de 20mn, vers 14h.

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Sur le quai, c’est la déception : à la place des vendeurs d’hier, il n’y a que des kiosques qui proposent des repas instantanés, des boissons et des paquets de biscuits. Des policiers interpellent un vendeur à la sauvette de fruits frais, nous en voyons d’autres courir à travers les rails pour leur échapper. Certains passagers ont eu le temps de leur acheter quelques provisions, mais pour nous au déjeuner ce sera nouilles, chips au concombre et pommes de la veille. Au deuxième long arrêt à 16h, il y a toujours les mêmes kiosques, mais nous réussissons à faire le plein de raisins auprès d’un vendeur avant que les policiers n’arrivent. Le dîner nous donne l’occasion de goûter à la purée de patate des kiosques de gare russes, finalement pas mauvaise… Mais nos airs étonnés et curieux à la découverte de nos plats font pouffer de rire une dame russe à côté de nous.

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La nuit commence à tomber très tôt, ce qui est assez perturbant (nous traverserons 5 fuseaux horaires !)

En allant aux toilettes, une vieille femme m’interpelle et me fait signe de m’asseoir sur sa couchette. Autour, deux autres femmes assez âgées, et deux enfants déjà assoupis sur les couchettes du haut. Très enthousiaste, elle se présente, s’appelle Nina, vient d’Arménie, est institutrice et –ouf- parle quelques mots d’allemand !. Elle se rend à Krasnoïarsk. La dame en face d’elle s’appelle Rosa et vient d’Ouzbékistan. Elle voyage avec sa petite fille pour passer les vacances chez son fils qui vit en Russie. Je leur présente à mon tour notre itinéraire, d’où l’on vient et reçoit un sachet de dragées sucrées ressemblant aux petits jésus que l’on met sur la table pour les baptêmes. En échange, je leur donne à chacune une carte postale de l’Alsace achetées avant le départ, elles semblent ravies. Nina me prend dans ses bras et me donne un baiser sur la joue, je suis heureuse de recevoir tant de chaleur spontanément.

Plus tard, la fatigue se fait ressentir et je leur fait signe que je vais me coucher. Tous les gens autour nous observent en souriant depuis le début. Maxime s’était endormi, nous installons les couchettes pour la deuxième nuit dans le train.